• Chapitre : 2 La proie

    Chapitre 2 La proie

     

     Verdoyante, telle était la campagne de Windenburg. Gabriel Belle s'était installé dans un cottage à pans de bois tapissé de lierre. Le parfum des fleurs envahissait la verdure d'un jardin. L'aube reflétait une frange argentée sur l'eau calme d'un ruisseau. Autour, des arbres s'épanouissaient sur les collines voisines disparaissant au loin dans la fraîcheur du matin.

    Une dame vêtue de rouge et d'un chapeau descendit de la voiture à moteur. L'homme fit un malicieux sourire, ne daignant ni voir ni rien entendre lorsqu'elle attrapa son bagage. Il empoignait déjà le volant, pressé de repartir.

    La gent masculine éprouvait une attirance excessive pour la vitesse en s'exhibant la tête haute au volant des nouveaux modèles les plus onéreux.

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      Lancée à une allure folle, les pneus de la voiture crissèrent sur les pavés de la chaussée. Alarmé, Gabriel peina à se précipiter dehors. Une main posée sur le genou, la tête baissée, il reprit son souffle.

    — Daisy tu es enfin rentrée, je me suis fait un sang d'encre.

    — Bonjour Père. Rentre mon bagage veux-tu, il est trop lourd !

    Il tourna la tête, le regard piqué par l'effroi. Peignant de ses doigts sa barbe soignée, il accusa à haute voix :

    — Daisy ne dirait jamais père. Ma petite fille ne me donne jamais d'ordre. Désirée roule ses cheveux autour de son doigt lorsqu'elle est nerveuse. Toi, tu aurais trop peur de te casser un ongle, Laora.

    — Tes mots méprisables me laissent à penser que je ne suis pas la bienvenue. Tu pourrais montrer un peu de gentillesse envers ta fille aînée. Je fais partie de la famille moi aussi, non ?

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    — Oui, dit-il en bon père.

    — Voilà qui est mieux ! Que se passe-t-il ?

    — Je suis très inquiet pour Désirée, répliqua Gabriel. Elle a disparu !

    — Ne suis-je pas un réconfort pour toi père ? Es-tu certain que je ne suis pas Daisy ? Regarde-moi bien... Après tout, tu ne m'as guère revue depuis la mort de maman. Tu es vieux et toutes ces années passées dans la mine t'ont peut-être fait perdre la tête.

    — C'est toi qui vas me rendre fou. Non, tu n'es pas Daisy...

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     Il observait Laora qui jouait de ses doigts convulsifs avec les roses cousues sur son châle de soie porté à la taille. Une longue robe élégante dessinait sa fine silhouette, elle avait de jolis yeux verts et le teint clair, comparables à Daisy. Il se tut, frustré par l'incertitude.

    — Appelle-moi Désirée si elle te manque tant ! Je ne voudrais pas te déclencher un accident cardiaque.

    — Arrête ce jeu puéril et stupide Laora.

    Les épaules droites, la chevelure épaisse et ondulée d'un noir charbon, Laora Belle jeta un coup d'œil autour d'elle. Le feuillage des arbres couvrait un coin d'ombre. Les traits d'un visage se montraient discrets.

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    - Journal d'archives -

    — Cette propriété est charmante... lumineuse, reprit-elle, gracieusement. Tu es devenu célèbre tu sais !                             Heureusement que les journaux sont là pour me dire où trouver mon père...

     

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    ... rentrons à présent, après tout je suis chez moi maintenant !

    Il porta la lourde malle de voyage qu'il reposa à deux reprises, dérangé par une toux violente.

    — Tu es dégoûtant père, un peu de tenue voyons. Les hommes riches sont irréprochables, conduis-toi comme tel.

    — Aide-moi, demanda Gabriel. S'il te plaît...

    Il chercha du regard Daisy, mais c'est la beauté cruelle qui s'invitait chez cet homme au juste mérite.

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    Perdus dans le brouillard, des arbres morts animaient les alentours du château de la rose noire. Des pins aux branches cassantes portaient encore la vieillesse. Deux gargouilles ailées et grimaçantes montaient la garde devant une arche de fer forgé.

    Corps de pierre aux nuances verts-de-gris, elles semblaient prêtes à bondir comme si elles attendaient le noir de la nuit. Quatre autres étaient dressées sur des socles agrémentés d'une corniche couronnant des murs aux allures gothiques. Une clôture encadrait maintes stèles qui perduraient dans un monde de fer et de sang, Forgotten Hollow. 

     

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    L'oncle Vlad était maigre, son nez crochu et ses cheveux argentés tirés en arrière lui donnaient un air sévère, peu soucieux de plaire. Il aimait donner des ordres. Le visage abîmé de ses humeurs âpres, il ne s'employait guère aux formules de politesse. Arrivé à l'aube, la veille, le majordome avait été consigné dans une cuisine insalubre. Samuel faisait les quatre cents pas depuis l'heure de l'apéritif.

    — N'est-ce pas la cuisine de toutes vos envies mon cher Samuel ?

    — Pardonnez-moi Monsieur, elle n'est pas vraiment à mon goût. La fenêtre ne s'ouvre pas. Une odeur troublante habite ces murs. J'ai dépoussiéré, mais je manque de matériel d'ordre ménager. Les toiles d'araignée sont dérangeantes et ne se marient pas avec les plats préparés pour mademoiselle Daisy.

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       — Les araignées sont d'une couleur délicieuse. Elles sont par ailleurs des confidentes discrètes, inutile de vous en plaindre cher ami. Qui vous a demandé de préparer ces mets ?

    Soucieux, Samuel écoutait attentivement le timbre mordant de Vladislaus. Il répondit courageusement avec un air de gaieté :

    — Monsieur Lyron. Mademoiselle Daisy est malade. Elle n'a rien mangé au dîner hier.

    — Je n'ai guère assisté à la petite réception. Où est la rose noire que je vous avais demandé de garder cachée ?

    — Je suis confus. Je l'ignore monsieur...

    — Voilà qui me contrarie beaucoup.

    — Aurais-je votre permission pour aller dormir un peu Monsieur Vladislaus ?

    — Non, nettoyez cette cuisine...

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     Lyron tourna la clef dans la serrure. D'un pas étouffé, il entra où la froideur de ces murs voilés était à la couleur de son âme. Il guettait, étudiait les formes élégantes sous les plis du tissu soyeux. L'âme en peine gémissait, couchée sous les draps.

    Désirée était pâle comme un linge, sans pouvoir ouvrir les yeux, les paupières rougies, un goût détestable dans la bouche.

     

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     — Elle se doit de vomir, murmura-t-il.

    Conscience confuse, elle s'agrippa au rebord du lit et rejeta par la bouche cette matière rouge et liquide restée sur l'estomac. Lyron enveloppa dans le drap le corps nu de Daisy, humectant ses lèvres de sa langue. La proie volée se mourait de froid. Il se précipita dans le couloir, les bras chargés d'un poids mort. Il ramena contre son torse la tête ballante au visage de porcelaine.

    Avec empressement, il fit couler un bain chaud dont le parfum discret n'était que danger.

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     Sur une banquette de soie rouge, Lyron allongea délicatement Daisy, inconsciente. Il alluma un feu dans la cheminée. Il ne voulait pas la perdre, néanmoins insouciant de ses jeux dangereux. L'ivresse de la veille plaidait coupable, autant que la chair de Daisy avait apaisé l'insatiable gourmandise de Lyron, autant que les huiles déversées dans l'eau donnaient grande faiblesse.

     Il savait qu'elle pouvait mourir de tous ces désagréments. Il lui baisa la main, une façon pour lui de s'excuser. Peu à peu, le teint blafard de Daisy disparut à la chaleur d'un feu crépitant. Il attendit son réveil, impatient.

      

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    Nerveuse, Daisy roula ses cheveux autour de son doigt. Elle s'assit, torturée par une migraine terrible.

    — Qu'est-ce qui m'arrive ?

    — Bonsoir Daisy. Voulez-vous que je vous offre une boisson chaude ? Le majordome peut-il vous apporter un mets copieux ?

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    — Où sont mes vêtements ?

    — Vous avez eu un regrettable accident Daisy Belle. Vous avez vomi partout dans votre lit.

    — Mais... vous m'avez vue nue ?

    — Il n'est guère honteux de regarder les jolies fleurs. Vous n'auriez guère souhaité que je vous laisse dans une vomissure immonde et d'une odeur que vous ne pourriez pas soupçonner. Cela était un acte de charité ma chère Daisy.

    — Je suis désolée. Je me souviens avoir bu un verre avec vous et... c'est tout ! Je n'avais auparavant jamais bu de boisson alcoolisée. Mon père va être inquiet si je ne rentre pas à la maison. Il est temps que je m'en aille maintenant !

     

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    — Vous aviez très froid, j'ai allumé un feu, pour vous...

    — Merci pour votre aide Lyron. Vous avez une très jolie maison, si grande, si luxueuse...

    — Vous aimez l'argent Daisy ?

    — À vrai dire, je suis née dans une famille modeste. Mon père était mineur de fond, jusqu'à ce qu'il découvre une pépite d'or. Je n'ai pas l'habitude des grandes richesses même si nous vivons dans une belle maison, j'aime ce coin tranquille à la campagne. Je n'ai pas un parler comme les grandes dames. Je n'ai pas l'habitude de dormir dans des draps de soie et de porter des bijoux de valeur. Tout cela ne me déplaît pas, mais je suis courtisée par des hommes depuis que mon père est devenu riche et je suis très mal à l'aise. Je n'ai que dix-sept ans, j'ai simplement envie de profiter de la vie.

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    — Daisy Belle, vous êtes la sagesse ! Je dois avouer que le confort et le luxe ne me déplaisent guère.

    Il lui prit délicatement les mains pour la conforter à se lever. Elle lui lança un regard curieux, il avait les mains froides comme le marbre. Elle n'eut pas le temps de lui poser la question. Lyron lui donna un ordre, de son regard hypnotique, de sa voix dominante.

    — Racontez-moi la journée de votre arrivée Daisy...

    Ses jolis yeux verts roulèrent, les pupilles dilatées, Daisy sombra dans la folie du néant.

     

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    — Vincent Lombardi, un homme d'affaires, m'a emmenée voir le Newcrestic, un bateau de plaisance d'une beauté incroyable. C'était le jour de son inauguration. Monsieur Lombardi me réprimandait sans cesse parce que je ne me tenais pas droite, parce que je jouais avec mes cheveux. Il avait deux billets pour une croisière. Il m'a invitée. J'ai refusé. Sa chemise empestait le parfum d'une femme. Il m'a dit que je n'avais pas le choix et qu'il avait eu l'accord de mon père. Nous avions dîné deux fois auparavant. Je le trouvais ennuyeux...

     

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    ... Il racontait sans cesse des plaisanteries, de mauvais goût. Il parlait de jeux de cartes et de ses soirées fougueuses dans les bars. Nous avions cet après-midi-là visité une galerie d'art, dans un quartier huppé, la Magnolia Promenade. Le soir, il a pris une valise dans le coffre de sa voiture. Il a dit qu'elle préservait des robes de grands couturiers et que je devais les porter. Il a revendiqué qu'il ne voulait pas être vu au bras d'une souillon. Nous sommes montés à bord du Newcrestic, en fin d'après-midi. La foule acclamait l'équipage et les passagers, il y avait un air de fête. Le soir venu, j'ai quitté le dîner prétextant un mal de tête...

     

    Chapitre 2 La proie

     

     ... Nous étions à la table de bureaucrates qui n'avaient aucun respect pour la classe ouvrière, continua Daisy, paralysée.

    Vincent Lombardi m'a rejointe plus tard dans la cabine du bateau. J'étais endormie. Il cognait fortement à la porte. Il était ivre. Il a essayé de... il m'a touchée. Je me suis enfuie sur le pont. Il m'a giflée si fortement que je suis tombée à la mer. Je crois que c'est ce qu'il voulait. J'ai crié à l'aide, j'ai vu une chauve-souris dans le brouillard épais...  

     

    Chapitre 2 La proie

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    — Oubliez la chauve-souris Désirée Belle, le reste vous appartient !

       

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 29 Avril à 15:46

    C'est intriguant comme début, tu pourrais en faire un roman de vampires ! ^^ Quelques maladresses, mais rien de grave, un début intéressant, hâte de voir comment ça évolue :D

      • Jeudi 29 Avril à 16:10

        J'espère que la suite te plaira tout autant :)

    2
    Mercredi 12 Mai à 22:03

    Elle n'a pas de chance avec les hommes. Ce Vincent Lombardi est un gougeat et Lyron est je pense le digne héritier de son oncle pour la malice.

      • Jeudi 13 Mai à 14:11

        C'est vraie... Un goujat, même pire ! 

    3
    Jeudi 13 Mai à 18:47

    Carrément taper sa prétendue dulcinée  en étant ivre et la passer par dessus bord il faut vraiment être un assassin.

      • Vendredi 14 Mai à 13:37

        Et Lyron lui fait oublier qu'elle a vue une chauve-souris. Je dis ça, je dis rien hein sarcastic

    4
    Samedi 15 Mai à 16:05

    he Un truc que j'aime avec les vampires surtout dans les sims 3 c'est quand un sims non vampire leurs disent : Eh mais dis,toi ne serais-tu pas un vampire par hasard?  Soient ils nient soit ils deviennent furieux.

    Ces sims-là n'aiment pas être découverts. S'ils le sont, ils deviennent rouge sang? lol

      • Dimanche 16 Mai à 11:35

        cool Ils sont excellents !

        Tu parles à une grande fan de vampires wink2

    5
    Dimanche 16 Mai à 23:55

    J'y joue peu avec mes vampires les miens dans les sims 3 sont pacifiques, ils n'attaquent jamais personne. Ils crèvent de faim mais c'est pas grave. Je me demande s'ils se rendent compte qu'ils sont vampires je te jure. Ils vont aux manifestations en plein jour etc lol. Heureusement qu'avec le mod d'Nrass je peux les faire sortir uniquement la nuit parce que soit je les ai vu mille fois mourir soit mille fois avec des insolations.

    Sinon dans les sims 4 Lilith Vatore est ma sims préférée.



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